Au début de 1928, après avoir développé des automobiles propulsées par des fusées à carburant solide, Fritz von Opel veut expérimenter ce mode de propulsion sur un avion. Il lui faut donc disposer d'un modèle où les surfaces de queue ne soient pas situées dans le cône d'éjection des gaz de la fusée. Du fait de ses conceptions particulièrement novatrices et peu orthodoxes, Alexander Lippisch est invité à participer à l'élaboration de cet appareil. C'est ainsi que naît le premier avion fusée de l'histoire, "Die Ente" (le Canard). Il s'agit d'un planeur précédemment développé par Lippisch, auquel sont ajoutées deux fusées à poudre conçues par Alexander Sander. L'Ente s'élance du sommet du Wasserkuppe et vole sur une distance de 1200 mètres en moins d'une minute le 11 juin 1928. L'essai est accompli par Friedrich Stammer, chef-pilote au RRG (Rhon Rossitten-Gesellschaft). Au cours des essais suivants, Stammer se tue lorsque son "Ente" explosa en plein vol. Loin de se décourager, Fritz von Opel fait construire un nouvel avion par Julius Hatry : l'Opel-Sander Rak.1. Il est muni d'un groupe propulseur comportant 16 fusées et, le 30 septembre 1928, il atteint la vitesse de 153 km/h et parcourt 1525 mètres en 75 secondes à Rebstock près de Francfort-sur-le-Main. Tous ces essais, même ceux qui ont été couronnés de succès, montrent que la propulsion par fusée à poudre est dangereuse, incontrôlable et sans avenir. Le développement des performances liées à ce mode de propulsion passe obligatoirement par la mise au point des fusées à combustibles liquides. En cette fin de 1936, la compagnie Germania-Werft, pour laquelle travaille Helmuth Walter, reçoit un contrat prévoyant le développement d'une petite fusée à carburant liquide. La première difficulté qui apparaît concerne les typesde carburants utilisés. Walter commence par employer du peroxyde d'hydrogène qui, en se décomposant, fournit de la vapeur surchauffée sous pression. Il produit un petit moteur de 40 kg de poussée utilisant ce principe. Ce moteur fait l'objet de nombreux tests statiques avant d'être essayé avec succès sur un biplan d'entraînement, le Heinkel He 72 Kadett, ainsi que sur le Focke-Wulf FW 56. Il leur permet de raccourcir notablement leur course lors des décollages. Ce moteur est surnommé Rauchgerate ou RATO (Rocket Assisted Take Off). Grâce à ce succès, Helmuth Walter reçoit une aide financière pour développer une nouvelle version de son moteur, le HWK RI. Ce moteur doit fonctionner avec deux propergols : le T-Stoff et le Z-Stoff. La poussée obtenue doit être de l'ordre de 250 kg. Examinant ces évaluations, Werner von Braun, est convaincu qu'un avion propulsé par fusée présenterait des avantages réels. Afin d'en déterminer le potentiel, il obtient un vieux Junkers Ju A-50 "Junior" et le dote d'un moteur fusée fonctionnant avec du M-Stoff et du A-Stoff. Le Junkers est utilisé comme banc d'essai au sol car sa structure ne peut pas accepter les contraintes engendrées par la fusée. Cependant, le moteur fonctionne avec succès. De son côté, Ernst Heinkel, toujours enthousiaste pour les idées nouvelles, développe une version de son HEINKEL HE 112 , le HEINKEL HE 112 V-5 (V pour Versuchs, expérimental), destinée à recevoir le moteur Walter. Le HEINKEL HE 112 a été le concurrent malheureux du MESSERSCHMITT ME 109 dans le programme de 1935 destiné à équiper la Luftwaffe d'un nouvel avion de chasse. Début mars 1937, sur un aérodrome isolé, le Flugkapitän Erich Warsitz monte dans le HEINKEL HE 112 V-5. Il met tout d'abord en marche le moteur à pistons Junkers Jumo puis règle soigneusement celui de la fusée située dans la queue de l'avion . Dès qu'il allume la fusée, l'avion est entièrement déchiqueté par une forte explosion . Par un miracle, Warsitz en réchappe quasiment indemne . A la suite de cet accident, Heinkel fait construire un nouveau modèle, le HEINKEL HE 112 R pour un nouvel essai (R pour Rakete) . De nouveau, en avril 1937, Warsitz prend les commandes . Cette fois, c'est un succès . A l'altitude de 850 mètres et à 300 km/h, Warsitz coupe le moteur Junkers Jumo et allume la fusée . Dans les secondes qui suivent, HEINKEL HE 112 R atteint 460 km/h avant que le carburant ne soit épuisé . Plusieurs autres vols sont effectués et, dans le même temps, Helmuth Walter fait progresser son moteur qui affiche une poussée bien plus importante: le Walter R . II-203 qui peut délivrer une poussée d'environ 400 kg .